Un château toulousain pour le #palaceday

Pour ce premier article, je profite du #PalaceDay (jour de découverte des châteaux d’Europe sur Twitter) et je vous parle d’un monument méconnu de Toulouse.

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Photo Lucille Santos

Il faut se perdre dans le quartier des Chalets pour croiser ses tours au-dessus d’un haut mur. Il s’agit du Château des Verrières, édifié par Louis-Victor Gesta. Et contrairement aux apparences, ce n’est pas un château médiéval que l’on aurait construit dans la campagne toulousaine (car au Moyen-âge nous sommes ici bien loin du centre-ville !). Il est au contraire l’héritier d’une pratique artistique et industrielle et d’un goût de Moyen-âge fantasmé au XIXe siècle.

Louis-Victor Gesta est un peintre-verrier, qui possède une manufacture de vitraux, et s’installe ici en 1862. Il est alors un artiste et un commercial reconnu à Toulouse, et sait s’entourer des meilleurs artistes pour décorer quelques 8500 églises de la région au cours de sa carrière. On lui doit notamment les vitraux de l’Eglise du Gesu (rue des fleurs) et les fleurs finement colorées du 8 place de la Trinité, à Toulouse. Il crée également son hebdomadaire, Le Dimanche illustré, à destination des paroisses des alentours pour étoffer sa clientèle, et dans lequel il parle de ses vitraux comme « [des] plus beaux [qui] se font à Toulouse, chez Monsieur Gesta.. » (et modeste avec ça !).

Et en bon vendeur, M. Gesta a besoin d’un « show-room » !

C’est ainsi qu’il fait construire le château, en arrière de son atelier qui donnait sur l’actuelle rue Honoré Serres. Tel un château de conte de fée, l’édifice offre tout un éventail de motifs gothiques, parfait pour un passionné du Moyen-âge et collectionneur d’œuvres d’art.

Parlons–en d’ailleurs de ces motifs dits « médiévaux ». En réalité, ils correspondent au mouvement néo-gothique qui apparaît au XIXe siècle avec le romantisme. Si l’on s’y attarde, c’est plutôt un mélange de motifs d’époques gothiques et du début de la Renaissance toulousaine qui nous est offert. Si les gargouilles et les voûtes d’ogives sont présentes, on trouve aussi des angelots (ou putti) et des pots à feu, motifs pas gothiques du tout… Comparaison intéressante aussi : on retrouve des visages sculptés aux retombées d’ogives de la voûte de l’escalier à vis, comme on n’en retrouve à l’Hôtel de Bernuy (actuel collège Fermat), dans le couloir reliant la première cour de style gothique et la cour d’honneur, de style Renaissance.

Mais assez parlé technique, revenons à notre château et ce qui a fait son succès au XIXe siècle : ses collections anciennes. En effet, Louis-Victor Gesta était un grand collectionneur d’objets et œuvres d’art médiévales. Ainsi, les pièces du château et le jardin étaient ornés de statues, sarcophages, colonnes, chapiteaux, et même des puits anciens dont le collectionneur vantait la qualité des ferronneries XVe, apparemment réalisées par Pierre, frère de Nicolas Bachelier.

Pour évoquer l’intérieur, on notera surtout le décor de la salle d’exposition, appelée aussi salle des illustres. « Sommes-nous au Capitole finalement ? » me direz-vous. Pas du tout ! Bernard Bénezet (peintre toulousain, 1835-1892), qui réalise le décor peint, élabore un programme reprenant les grands moments de l’histoire de Toulouse, et ses grands personnages (Raymond IV, Clémence Isaure…). Ces peintures sont aujourd’hui cachées sous un badigeon de 1947 destiné à améliorer l’éclairage des pièces.

Voici l’écrin dans lequel Gesta se montrait et montrait ses œuvres.

Mais cette petite merveille est vouée à un destin bien funeste… En 1894, Louis-Victor Gesta meurt ruiné et sans successeur pour reprendre son affaire et ses collections. Le tout est revendu et dispersé.

Racheté par un particulier, le château est récupéré par les Sœurs de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul qui y cachent des familles réfugiées du Nord au début de la Seconde Guerre Mondiale ; puis accueillent des jeunes filles sans emploi pour leur apprendre la couture vers 1942. A partir de 1944, c’est la descente aux enfers pour le château : le jardin est percé d’une tranchée, le LEP Hélène Boucher s’y installe, puis le conservatoire national de musique et enfin, une mutuelle étudiante, tous faisant des travaux d’aménagement sans trop se soucier des conséquences patrimoniales, malgré le classement de l’édifice aux Monuments Historiques (1991).

Château_des_Verrières

Source Wikipédia

Entre occupations peu précautionneuses, tags (photo) et squats, le château est aujourd’hui en rénovation pour accueillir 5 appartements (déjà tous acquis par des chanceux !). Les travaux sont menés par un cabinet bordelais qui emploie des experts en restauration. Les architectes du patrimoine souhaitent restaurer les peinture de Bénezet et les montrer lors de visites aux Journées Européennes du Patrimoine.

La préservation du Château des Verrières semble enfin être en bonne voie. AChateau_verrierffaire à suivre… 😉

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